Le cinquième siècle – Siècle d'Or

 

La Christianisation de l'Arménie détermina radicalement le cours de son histoire. La nation arménienne embrassa la religion du Christ sur sa propre terre, là ou le Fils de Dieu lui-même était « descendu » (Etchmiadzine). Cependant, il restait encore beaucoup à faire pour renforcer la foi chrétienne dans le coeur du peuple arménien. Dans cet aspect, l'un des grands dirigeants de l'Église Apostolique Arménienne fut St. Nersès Ier le Grand (en arménien Ներսես Ա Մեծ, 326-373). Élu à l'unanimité Catholicos en 353, à l'âge de 27 ans, il fut sacré à Césarée comme ses prédécesseurs. Il convoqua probablement aussitôt, le premier conseil de l'Église Arménienne à Achdichat (Taron), qui réorganisa celle-ci. Le zoroastrisme et le paganisme y furent interdits, de même que les mariages consanguins ou les anciens rites funéraires. De nombreuses institutions bénévoles (léproseries, orphelinats, …) furent mises en place, « bases de la “bienfaisance charitable” » en Arménie. Ce Conseil marqua également, l'organisation et la croissance du monachisme en Arménie.


Comme la foi nouvelle approfondissait ses racines dans la vie de la nation, le besoin d'un alphabet arménien se fit de plus en plus pressant. Jusqu'alors le Grec et l'Assyrien étaient les langues écrites utilisées dans les services de l'Eglise, à défaut de lettres arméniennes. Ceci posait bien des difficultés pour les fidèles. En 403, le pieux et savant moine Mesrob inventa l’alphabet arménien. Saint Mesrob, dit aussi Machdots (en arménien Մեսրոպ Մաշտոց). Mesrob est né en l'an 362 dans le village de Hatsegats, région du Daron, en Arménie occidentale et est mort le 17 février 440. Ce que l'on sait de sa vie et de son œuvre vient de son disciple Gorioun. Il eut d'abord des fonctions administratives et militaires à la chancellerie des Arsacides. Il se consacra ensuite à l'état religieux et entreprit d'évangéliser la région de Goght'en. Convaincu que la conversion des païens serait facilitée par la traduction arménienne des Évangiles, il s'en ouvrit au Catholicos Sahak. L'alphabet inventé par un évêque syrien appelé Daniel, ne lui semblant pas adéquat, Machtots se livra alors lui-même à des recherches en Syrie dans le but de concevoir un meilleur système.


Après de longues études et recherches, il créa 1'alphabet avec la collaboration du Catholicos Sahag. Les spécialistes placent la date de cette invention entre 392 et 406. Aussitôt après, St. Mesrob et St. Sahag, aidés par un groupe de disciples, se mirent a l'oeuvre et achevèrent par la suite la traduction en arménien des Saintes Écritures. Vinrent ensuite les textes bibliques, théologiques et liturgiques des Pères éminents de l'Église. Cette version l’emporte sur toutes les autres versions orientales, par la fidélité et l’élégante simplicité du style. Golius, Hottinger, Piques, Pierre Lebrun et Lacroze en ont apprécié et prouvé l’excellence. Les disciples de saint Mesrob traduisirent aussi les oeuvres de saint Basile, saint Athanase le Grand, saint Cyrille, saint Jean Chrysostome et autres Pères, ainsi qu’une partie des livres liturgique grecs. Dans 1'histoire de l’Arménie, cette époque si importante est connue sous le nom de "Siècle d'Or".


Vers le milieu du Vème siècle, l'Arménie se vit obligée de faire face aux pressions du roi perse Yazgerd II. Celui-ci avait promulgué un édit ordonnant aux arméniens de renier le Christ et de se convertir au Mazdéisme. Ceux qui voulaient rester fidèles à Jésus-Christ, refusèrent de renoncer a leur foi. Finalement, en l'an 451, sous le commandement de Vartan Mamigonian, les arméniens livrèrent une bataille inégale contre la toute puissante armée perse pour préserver leur foi et leur intégrité. Les arméniens perdirent la guerre et Vartan tomba sur le champ de bataille d'Avaraïr. Les trente années qui suivirent furent une période d'oppression et de résistance jusqu'en 484 où le roi de Perse Perôz, dans un retournement de sa politique, signa un traite de tolérance religieuse avec le chef militaire arménien Vahan Mamigonian et reconnut officiellement le rétablissement de l'Église. Ce fut le traité historique de Nevarsak.