Les sept catholicoï du XXème siècle

 

Au début de la troisième décennie du XXème siècle, l'Église Arménienne fut divisée entre l'Église de l'Est de l'Arménie sous le gouvernement soviétique et dans l'Ouest sous la législation de la domination turque. Pendant plus de six décennies, l'Église Arménienne dût traverser une période de persécutions et d'inactivité. Seules les diasporas purent garder leur autonomie.


1. Meguerdich Khrimian, (en arménien: Մկրտիչ Խրիմեան, 4 avril 1820 - 27 Octobre 1907), Meguerditch Khrimian est né à Van le 4 avril 1820. En 1854, il fut ordonné prêtre et entra au monastère d'Aghtamar. En 1857, il prit la tête du Daron et devint doyen du séminaire de Saint Garabet.
En 1858, il installa une imprimerie à Varagavank à Van, et par la suite lança 'Vaspourakan Ardziv' (l’aigle du Vaspourakan), qui est considéré comme la première publication périodique arménienne en Arménie.


En 1869, il fut élu Patriarche de Constantinople. Il démissionna cinq ans plus tard et commença sa lutte contre l'obscurantisme et l'injustice, avec pour ambition le bien de son peuple. En 1878, il dirigea la délégation pour représenter le peuple arménien à la Conférence de Berlin. A son retour, il déclara dans un discours éloquent intitulé, "la louche de papier ", que les espoirs du peuple arménien pour l'autodétermination étaient ignorés par la communauté européenne des nations.


La même année, il envoya de l’aide à la population affamée de Van où il commença à servir comme prélat avec son siège à Varagavank et y fonda un orphelinat. En 1885, il fut rappelé à Constantinople où les autorités turques décidèrent de mettre un terme à ses activités et l’exilèrent à Jérusalem.


En 1892, il fut élu à l'unanimité Catholicos de Tous les Arméniens sous le nom de Meguerditch 1er et s’installa au Saint-Siège d'Etchmiadzine comme chef de l'Église Apostolique Arménienne. En raison de son amour paternel et de son dévouement pour tous, Meguerditch Khrimian fut affectueusement surnommé "Khrimian Hayrig ", ce qui signifie " Petit Père Khrimian " en arménien. Il consacra sa vie à améliorer le sort du peuple arménien et plus particulièrement celui des paysans de l'ouest de l'Arménie.


En 1903, le gouvernement tsariste de la Russie impériale ordonna la confiscation de toutes les propriétés éducatives et ecclésiales des arméniens. Khrimian Hayrik mena une lutte héroïque contre cette décision. Il obtint succès en 1905 quand le tsar décréta la ré-ouverture des écoles arméniennes et la restitution des propriétés de l'église. En 1907 le décès du Catholicos Khrimian laissa toute la nation dans un grand deuil.


2.Matthieu II Izmirlian, (en arménien: Մատթէոս Բ. Իզմիրլեան Կոնստանդնուպոլսեցի;  22 février 1845 - 11 décembre 1910) est né en 1845 à Constantinople et baptisé Siméon Mardiros Izmirlian (Սիմեոն Մարտիրոսի Իզմիրլյան). Il fut ordonné prêtre en 1869 et servit comme secrétaire personnel du Patriarche Meguerditch Khrimian lorsque ce dernier était encore patriarche de Constantinople au début des années 1870. Il fut élu en 1872 secrétaire du conseil religieux arménien de Constantinople et élevé au grade de 'dzayrakouyn vardapet' (archimendrite suprême) en 1873. Il fut ensuite sacré évêque en 1876 et élu patriarche de Constantinople en 1894. Son insistance sur les réformes démocratiques et les droits des arméniens dans l'empire ottoman ainsi que ses protestations contre les massacres hamidiens contre les arméniens en 1894-1896 lui valurent le titre de "Patriarche de fer. " En raison de son activisme, les autorités ottomanes le détrônèrent de son titre de patriarche de Constantinople en 1896 et l’exilèrent lui aussi à Jérusalem. Il retourna brièvement d'exil en 1907 et fut réélu Patriarche de Constantinople pendant quelques mois. En 1908, après la mort du Catholicos Khrimian Hayrig, il fut élu Catholicos de Tous les Arméniens, sous le nom de Matthieu II et alla à Etchmiadzine pour sa consécration. Il occupa ce poste pendant près de trois ans avant de rendre son âme à Dieu. Il a été un auteur prolifique et publié de nombreux ouvrages, notamment en 1881, un livre volumineux sur l'histoire de l'Église Arménienne et le Catholicossat de Sis et d'Aghtamar.


3. Georges (Kévork) V de Tiflis (en arménien (Գևորգ Ե Սուրենյանց) (28 août 1847, Tbilissi - 8 mai 1930, Etchmiadzine) est né à Tbilissi en 1847, il a été consacrée prêtre régulier (célibataire) en 1872 et sacré évêque en 1882. En 1894, il devint primat de Géorgie. En 1907, il fut nommé assistant du Catholicossat au Saint-Siège d'Etchmiadzine et élu Catholicos de Tous les Arméniens en 1911, poste qu'il occupa pendant deux décennies jusqu'en 1930.


Il assista impuissant au génocide des arméniens de l’empire ottoman et était Catholicos de Tous les Arméniens lorsque la République démocratique d'Arménie fut créée en mai 1918. Il soutint les diverses campagnes militaires, refusant de déplacer le siège du catholicosat d'Etchmiadzine vers un endroit plus sûr. Il vécut ensuite le début des persécutions bolchéviques contre toutes les églises et prit le surnom de “Vechdali” (l’affligé). Il réorganisa l’Église Apostolique Arménienne, abolit le Bologénié, créa le Conseil Spirituel Suprême en 1924 puis édicta la constitution canonique du 22 octobre 1925 toujours en vigueur aujourd’hui. Après sa mort en 1930, le trône resta vacant de 1930 à 1932.


4. Khorène 1er de Tiflis (en arménien Խորեն Ա Մուրադբեկյան Տփղիսեցի) est né en 1873 à Tbilissi et baptisé Alexandre Hovhannès Mouradbeguian (en arménien Ալեքսանդր Յովհաննէսի Մուրադբեկյան). Depuis 1929, les assauts de l'autorité communiste soviétique du régime de Staline s’étaient amplifiés contre l'Église Apostolique Arménienne. Lorsque la pression politique s’atténua momentanément dans les années qui suivirent pour améliorer les relations du pays avec la diaspora arménienne, Alexandre Mouradbeguian devenu archevêque fut élu Catholicos sous le nom de 'Khorène 1er. Au cours des années trente, les Soviétiques renouvelèrent et aggravèrent leurs attaques contre les Églises chrétiennes et l'Église Apostolique Arménienne. Ce qui aboutit à l’assassinat du Catholicos 'Khorène 1er' en 1938, après six années très difficiles. A sa mort, les autorités communistes fermèrent le Catholicossat d'Etchmiadzine. L'Église Arménienne survécut clandestinement en Arménie et put se maintenir dans la diaspora arménienne. Le trône demeura vacant encore une fois pour une période plus longue de sept ans, de 1938 à 1945.


5. Kévork (Georges) VI: Lorsque Staline en personne, ordonna l’assouplissement des restrictions contre la religion, l'élection d’un nouveau Catholicos de Tous les Arméniens fut finalement autorisée,. L’archevêque Kévork Tcheurekdjian pu revenir à Etchmiadzine. Il tint lieu de Catholicos en 1941 et engagea l'Église Apostolique Arménienne dans la lutte "patriotique" contre les nazis. Ce qui provoquera, en Arménie comme ailleurs, une entente officielle entre l'Eglise et l'Etat, qui se traduira par le rétablissement des conditions essentielles au fonctionnement de l'Eglise : réouverture du séminaire d'Etchmiadzine, de quelques églises et monastères, et sacre d'une dizaine d'évêques. Sous le régime soviétique, la presse loua S.S. Kévork VI comme étant l'un des plus remarquables partisans de la " lutte pour la paix ". Le catholicossat devint un auxiliaire précieux de la propagande du pouvoir soviétique. C'est sous son pontificat que fut lancé le conflit du Catholicosat d'Etchmiadzine contre le catholicossat de Cilicie. Kévork VI décéda en 1954 et l'Etat soviétique lui consentit des funérailles quasi nationales eu égard à ses "activités patriotiques.


6. Vazkèn 1er (en arménien: Վազգէն Ա, (20 septembre 1908 - 18 août 1994) est né Levon Garabed Baldjian à Bucarest, fils unique d'une famille d'artisans arméniens de l'empire ottoman émigrée en Roumanie après les massacres de 1895. Il débuta sa carrière comme philosophe, avant de devenir docteur en théologie et membre du clergé arménien local. En 1943, il fut sacré évêque, puis Primat de l'Église Arménienne de Roumanie. Il fut élu Catholicos de l'Église Apostolique Arménienne à l’unanimité, en septembre 1955 et eut un des plus longs règnes du Catholicossat. S.S. Vazkèn 1er fut le dernier catholicos de l'ère soviétique. Il fut le premier catholicos à rendre de nombreuses visites pastorales dans la diaspora et à relancer les relations oecuméniques en particulier avec S.S. le Pape Paul VI au Vatican, le 8 mai 1970.


Au cours de sa longue carrière comme Catholicos, il réussit à obtenir une certaine indépendance pour son église en face des règles totalitaires soviétiques, dans la RSS d'Arménie Il vécut assez longtemps pour voir la liberté religieuse restaurée par le gouvernement national d'Arménie en 1991 lors de l’indépendance.


Il s’occupa beaucoup à faire restaurer d’anciennes églises arméniennes et à relancer les institutions de l'Église. Ce qui lui donna le surnom de Bâtisseur. Il a pu rassembler un certain nombre de trésors de l'église en créant le musée Alex Manoogian du Saint-Siège d'Etchmiadzine. S.S. Vazkèn 1er intensifia les contacts avec l'Église catholique arménienne, dans l'objectif de réunir les deux ailes du christianisme arménien. Il rendit son âme à Dieu le 18 août 1994, après avoir souffert d'une longue maladie.


7. Karékine 1er, - Nechan Sarkissian est né le 27 août 1932 à Kessab, en Syrie, où il a fréquenté l'école élémentaire arménienne. En 1946, il fut admis au séminaire théologique arménien de Cilicie et ordonné diacre en 1949. En 1952, après avoir obtenu son diplôme, il a été ordonné prêtre régulier (célibataire) et renommé Karékine. Il devint membre du catholicossat arménien de Cilicie.


En 1955, il présenta sa thèse sur " La théologie de l'Église Arménienne, selon les hymnes liturgiques et charagans " et promu vartabèd. Il poursuivit ses études supérieures en théologie pendant deux ans à l'Université d'Oxford au Royaume-Uni et écrivit 'le Concile de Chalcédoine et l'Église Apostolique Arménienne'. Ce travail a été publié en 1965 à Londres. A son retour au Liban, il occupa le poste de doyen de l'école monastique.


A partir de 1963, il devint assistant du Catholicos 'Khorène 1er' de Cilicie, chargé des responsabilités œcuméniques. Il fut observateur au Concile Vatican II, à la Conférence de Lambeth de 1968 et à la Conférence d'Addis-Abeba des chefs des Églises orthodoxes orientales. Il a donné des conférences sur la théologie, la littérature, l'histoire et la culture arménienne dans des universités à Beyrouth, en Roumanie, à Moscou et à Kotayyam (Inde).


En 1963 il fut nommé archimandrite suprême, et sacré évêque par le Catholicos Khorène 1er, le 19 janvier 1964. En 1971, il fut élu prélat du diocèse de la nouvelle Djoulfa à Ispahan (Iran). En 1973, il reçut la dignité d'archevêque et nommé Délégué Apostolique de l'Église Apostolique Arménienne d'Amérique (Est). En 1975 il en devint primat.


En 1977, il devint Catholicos-coadjuteur jusqu'à la mort du Catholicos Khorène 1er en 1983 auquel il succéda sous le nom de Karékine II. La même année, il s’installa en Cilicie. Il porta tout spécialement son attention sur l'éducation religieuse, la modernisation et le développement du séminaire théologique. Les facettes importantes de ses activités furent ses visites pontificales, pastorales et oecuméniques.


En 1989, il fut élu président honoraire du Conseil des Églises du Moyen-Orient. S.S. Karékine II a écrit plusieurs livres et brochures en arménien, anglais et français et publié de nombreux articles et études théologiques, arménologiques, philosophiques, éthiques ainsi que littéraires dans des périodiques. Il fit également de fréquentes visites en Arménie et exprima sa solidarité en visitant les zone frappées par le séisme de 1988 avec le Catholicos Vazkèn 1er.

Après le trépas du Catholicos Vazkèn 1er en 1994, le Catholicos Karékine II Sarkissian fut élu Patriarche suprême et Catholicos de Tous les Arméniens par une assemblée ecclésiastique nationale de 450 délégués et devint S.S. Karékine 1er, étant le premier patriarche suprême avec ce prénom à Etchmiadzine. En novembre 1998, S.S. Karékine 1er dut suivre un lourd traitement contre le cancer à New York. Il nomma l’archevêque Karékine Nersessian, devenu plus tard Karékine II, Vicaire Général. S.S. Karékine 1er décéda le 29 juin 1999.